Page 1377 - dictionnaire westphal
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lettreà  Cyprien).  Ces  mêmes  théologiens  tiennent  pour  canoniques d'autresouvrages

     qui ne font plus partie de notre N.T.: Irénée, p. ex., citecomme parole d'Écriture la 1 re
      ép.  de Clément romain  et  le  Pasteurd'Hermas; Tertullien,  du moins  dans la  partie
     orthodoxe de sacarrière,  utilise  de même le Pasteur d'Hermas; Clément
     d'Alexandriepareillement. Ce dernier emploie avec une égale piété d'autresouvrages
     encore, tels que la 1 re ép. de Clément, l'épître deBarnabas et la Doctrine des Apôtres.

     Il nous reste à mentionner un important document qui appartient àla même époque.
     C'est le fragment de Muratori: 85 lignes écrites enun latin barbare vraisemblablement
     traduit du grec, provenant sansdoute de Rome et datant d'environ 200. Ce précieux

      texte,  mutilé  audébut, contient  la  liste  des livres  du N.T.  considérés
      commecanoniques, avec  diverses  remarques  explicatives.  Cette  listecomprend  nos
     quatre évangiles (et ceux-ci sont déjà si généralementadmis à l'exclusion de tout autre
     que l'auteur ne se donne pas lapeine d'écarter les év. apocr.), les «Actes de tous les
     apôtresécrits en un seul livre» (ce qui met de côté les nombreux «Actes»apocr.), les ép.

     de Paul (neuf à des Églises et quatre à desparticuliers), Jude, 1 et 2 Jean, l' Apo de
     Jean et l' Apo de Pierre(de laquelle il est dit que certains s'opposent  à ce qu'on  en
      fassela  lecture  publique).  Par  contre,  Héb.,  1Pierre  (peut-être  parinadvertance),

     2Pierre, Jacques et 3Jean ne sont pas mentionnés. D'autreslivres sont explicitement
     exclus du canon, tel le Pasteur d'Hermas,ou même vivement combattus, p. ex. l'épître
     aux Laodicéens et celleaux Alexandrins, faussement attribuées à Paul. Voilà donc le
     livre des chrétiens dûment constitué. Pourquoil'Église s'est-elle ainsi, entre 150 et 200,
     donné un nouveau recueilcanonique? Il y a lieu de distinguer, sur ce point, entre les

     raisonsdes théologiens et des chefs et celles des simples fidèles. Ceux-ci,nous l'avons
      vu,  avaient  accordé  aux Apôtres  une place  tout  à  fait  àpart  dans l'humanité  et  les
     égalaient aux plus grandes figures del'A.T. Que leurs écrits parussent à la foule des
     croyants aussidivins et aussi intangibles que ceux de la Bible, n'a rien qui doivenous

     surprendre; d'autant moins qu'on lisait  ces écrits  dans lescultes,  à côté de ceux de
     l'A.T., et que les auditeurs y trouvaient bienplus distinctement, plus immédiatement
      accessibles  à chaqueconscience  droite,  la  doctrine  et  la  morale  évangéliques.
     Commentn'eût-on pas divinisé des ouvrages où l'on éprouvait si nettementl'action de

     Dieu? Les âmes tenaient en singulière vénération leslivres qui les faisaient vivre, sans
     trop se soucier de leur origineet sans faire preuve a leur égard de la moindre défiance
     critique.  Les théologiens et les évêques, eux, avaient à défendre l'Églisecontre les
     entreprises des hérétiques. A tous ces hommes quiprétendaient représenter un

     christianisme supérieur et qui lesaccusaient d'infidélité, ils devaient pouvoir opposer
     les documentscertains du christianisme  des Apôtres. De même,  dans leurs
     polémiquescontre les Juifs et surtout contre les philosophes païens, dans leuractivité
     missionnaire, dans les apologies de leur foi qu'ilsprésentaient à l'Empire persécuteur,

     il leur fallait pouvoir produireun code authentique de leur doctrine, de leur morale et
        de     leurdiscipline.        Le     canon       chrétien       fut     donc       tout     ensemble        un
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