Page 1375 - dictionnaire westphal
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collections plus ou moins abondantesdont on ne peut dire que l'une fût plus légitime

      et  plus véritableque l'autre.  La première trace d'un recueil  canonique chrétien se
      rencontrechez Justin  Martyr  (100?-165?).  Lorsqu'il  parle  de  «nos  Livres»,  iln'entend
     pas seulement l'A.T. ni toute la littérature chrétienne, ycompris ses propres ouvrages,
     mais bien un certain nombre d'écritsconstituant la charte du christianisme
     authentique. Ce qui fait leurautorité, selon Justin, et les met à part, c'est qu'ils ont

     étéinspirés par le Saint-Esprit et composés par des Apôtres. Dans sa 1re Apologie
     (67:3), il rapporte qu'aux cultes de son temps on lisaitchaque dimanche les «Mémoires
     des Apôtres» (les  évangiles)  et  les«Prophètes»,  plaçant--est-ce  fortuitement?--lesdits

     «Mémoires» aupremier rang. Ce canon scripturaire de Justin comprenait les évangiles;
     commeil ne les désigne pas par leur nom particulier, mais se contente deproduire des
     textes comme appartenant à l'évangile, et comme d'autrepart il cite très librement, il
     est difficile  de déterminer avecprécision quels évangile il connaissait et déclarait
     canoniques.C'étaient fort probablement nos quatre évangiles et peut-être encoreun

     cinquième,  que certains pensent avoir été  celui  de Pierre.  Ilcomprenait  aussi
     l'Apocalypse. Justin utilise aussi quelques ép. dePaul, Héb., Act.; mais pour citer ces
     ouvrages-là, il n'emploie pasla formule: «il est écrit» qui était réservée aux textes sacrés

     etdont il use couramment quand il s'agit des évangiles. Justin Martyrnous renseigne
     sur ce qu'on pensait à Rome vers 150. Mais d'autrestémoignages nous permettent de
     faire ailleurs des constatationsanalogues. Hégésippe, p. ex., entre 173 et 190, raconte
     dans sesrécits  de voyage, qu'Eusèbe  nous a conservés, qu'il a trouvé lesÉglises
     unanimes dans la profession de la doctrine qui a pour normesla Loi, les Prophètes et le

     Seigneur. Par ce dernier mot, Hégésippeentend les évangiles, qu'il connaît très bien,
        «Le    Seigneur»,        c-à-d.un      certain      nombre        d'évangiles,       immédiatement           ou
      médiatementapostoliques,  telle  est  donc la  première  forme  sûrement attestée
     dunouveau canon  scripturaire des chrétiens.  Nous  en trouvons une seconde forme,

     beaucoup plus précise, chezle gnostique Marcion qui sortit vers 140 de l'Église et se
      dressacontre  elle  pour la  réformer  et  la  ramener  à  ce  qu'il  affirmait  êtrele  véritable
     Évangile. Il établit une liste des livres sacrés devantfaire loi pour les chrétiens en
     matière de foi, de culte et dediscipline. Ce canon comprenait aussi «le Seigneur», mais

     celui-ciétait réduit au seul évangile de Luc, considérablement abrégé. A cettepremière
     partie, Marcion en ajouta une seconde, qu'il nomma«l'Apôtre» ou «l'Apostolique»,
     composée de dix ép. de Paul (nostreize ép. moins les ép. pastorales). On ne sache pas
     qu'il  ait  donnéun nom à l'ensemble de ces deux parties,  qui constituait  bien un

     N.T.rudimentaire. Cette introduction par Marcion des ép. dans le canon chrétienfut-
    elle  une innovation que l'Église n'aurait pas tardé à imiter,  oubien existait-elle  déjà
      avant  que  l'illustre  hérétique eût  établi  soncanon particulier?  Les  avis  sur  ce  point
     sont divisés. Notons en toutcas que, si 2Pi 3:16 est postérieur à 140, nous n'avons

     aucunepreuve de canonisation des ép. antérieures à Marcion; et remarquonsaussi que
     nul autant que lui n'avait intérêt à canoniser ces épîtres.Marcion, en effet, rejetait le
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