Page 1597 - dictionnaire westphal
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invente un gaz asphyxiant.  Placé au carrefour de nos méditations sur la destinée

     humaine, lerécit de la chute jette des clartés sur l'amorce de tous leurschemins. En
     introduisant dans le Paradis le mauvais suggesteur, ilnous apprend que l'homme n'a
     pas pris l'initiative  du mal qu'il acommis,  n'a pas péché de son propre fonds;
     illusionné, trompé avantque ses yeux fussent ouverts, il a péché plus qu'il n'a pensé,
     plusqu'il n'a voulu. Un mensonge d'autrui a l'origine de sa fautel'empêchait de saisir

     toutes les  conséquences de son acte.  Ingrat,séduit,  il  n'a pas vu qu'il se laissait
     constituer en dehors de Dieupar un être qui s'était posé contre Dieu. Cet être, de par
     sonattitude, est incurable; l'homme, de par la sienne, ne l'est pas.Châtié, il reviendra;

     et jusqu'à ce qu'il revienne, il offrira lespectacle d'une personnalité qui ne se comprend
     pas elle-même,moralement écartelée entre ses instincts diaboliques qui l'entraînentau
     mal et sa conscience, voix divine, qui l'attire vers le bien. Que l'on ne dise pas qu'en
     chassant l'homme du Paradis, leCréateur se montre cruel vis-à-vis de sa créature et
     que l'exild'Adam marque l'échec de Dieu. C'est le contraire qui est vrai.Relativement au

     premier  point,  notre récit,  nous montrant l'hommefuyant Dieu  qui le  cherche, nous
     avertit que l'homme serait sorti delui-même du jardin de Dieu, gêné par la présence
      divine  et  curieuxd'un monde qui  s'offrait  à  sa  liberté  dévoyée Relativement  au

     secondpoint, voici  ce qu'écrit Vinet:  «Pour que l'homme fût  un être  moral,pour  que
     l'homme fût l'homme, il  fallait  que le péché fût possible,et  Dieu y a consenti; et,
     puisqu'il a agi librement, il n'a point étévaincu. Mais en créant pour l'homme la gloire
      et  les  périls  de laliberté,  il  fallait  que, d'avance, Dieu  mît  sa propre gloire  àl'abri.  Il
     devait être éternellement, invariablement glorifié, oudans l'obéissance de l'être moral

     ou dans les résultats de sadésobéissance. L'ordre devait se retrouver tout entier dans.
     lavolonté de l'homme ou dans sa destinée. Volontairement ouinvolontairement
     l'homme devait  fléchir  sous la  loi;  ainsi,  ouaccomplie ou réparée, la  loi  demeurait
      intacte,  et  l'homme,  quoiqu'il  pût  faire,  y  satisfaisait  de  point  en  point.  Donc,  avec

     lapunition du mal, Dieu n'est point vaincu par le mal; mais dansl'impunité du mal,
     Dieu serait vaincu; Dieu serait moins fort que leprince et l'auteur du mal, et dans cette
     lutte, dont la seule penséeest impie, Satan serait le vainqueur de Dieu!» L'idée de la
     défaite de Dieu est si loin de l'esprit del'écrivain jéhoviste qu'il proclame dans son récit

     la grande paroleprophétique: «Je mettrai  inimitié  entre toi et la femme, sa
     postéritét'écrasera la tête et tu la blesseras au talon.» Il nous donne ainsià entendre
      que  le  drame  de la  liberté,  avec toutes  ses  souffrancesdésormais inévitables--la
     morsure  au talon--est,  comme  disent lessavants d'aujourd'hui (R.  Rollin  1927; L.

     Vialleton 1929), uneévolution dirigée;  l'homme agit librement  mais dans un plan
     derédemption; et la promesse de la délivrance donnée à l'homme--hicsol consola-tionis
     oritur  (Luther)--annonce en même temps lavictoire  finale de Dieu. On serait tenté
     d'indiquer encore bien des enseignements donnéspar le récit de la chute, que Cellérier

     fils appelait «le vestibuledu grand édifice des révélations, la base sur laquelle toutes
     doiventreposer»; mais il faut prendre garde de ne pas amener, comme cela estarrivé si
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