Page 1383 - dictionnaire westphal
P. 1383

CANTIQUE DES CANTIQUES
    Ce  titre  a le  sens de «cantique par excellence»;  en hébr.,  en effet,cette  construction
     désigne le superlatif (autres ex.: vanité desvanités, Saint des saints). Le Cantique des

     Cantiques était le premier des cinq petits«rouleaux» lus aux grandes fêtes juives. On en
     donnait lecture lehuitième jour de la Pâque, parce que l'amour réciproque de Yahvé
     etde la nation israélite,  qu'il passait pour figurer,  était  en harmonieavec l'alliance

     conclue entre eux à la sortie d'Egypte. Ce fut cetteinterprétation allégorique, ajoutée à
     la croyance qu'il provenait deSalomon lui-même,  qui fit  admettre  dans le  canon
     hébreu, après unelongue résistance qui semble avoir duré jusqu'à l'ère chrétienne,
     ceschants d'amour--appelés à tort  «cantique»--de  caractère  areligieux  etparfois
     choquant. Ce fut elle qui le fit aussi accepter par leschrétiens comme livre sacré. Le

     célèbre docteur alexandrin, Origène,  dans son grandcommentaire sur le  Cantique,
     présente le «bien-aimé» comme le symboledu Christ et la jeune fille comme l'image de
     l'Église et même  del'âme individuelle.  Cette  interprétation  allégorique  fut  longtemps

      enfaveur.  Bernard  de Clairvaux  prêcha quatre-vingts  sermons sur les  deuxpremiers
      chapitres.  La  Réforme  la  laissa  subsister,  malgré  lesobservations  de  Sébastien
     Castellion (en 1544), et on la retrouvedans la version d'Ostervald et  l'Authorized
     Version des Anglais(voir les titres mis aux chapitres). Elle a été maintenue parcertains
     exégètes modernes, tels qu'Adolphe Franck (Étudesorientales, 1861), et  F. Godet  (Et.

     bibl.,  1 re série,  2 e éd.1863), mais  elle  a perdu tout crédit.  Rien, en effet,  dans
     notrelivre, n'autorise à y voir une allégorie, et, selon la remarque duprofesseur Lucien
     Gautier, le réalisme de quelques-unes  de sespeintures empêche de penser que son

     auteur ait cherché à figurer desrelations religieuses. Comment croire que l'autocrate
     possesseur d'unharem considérable (cf. 1Ro 11:3) ait pu être choisi commesymbole de
     Dieu? Les progrès du sens historique ont, d'ailleurs, amené lescritiques à prendre le
     Cantique  pour ce qu'il est: une  collectionde chants  d'amour,  d'une  gracieuse et
      brillante  poésie  (qu'on sereporte,  en particulier,  à  la  jolie  description  du printemps:

     Ca2:11,13).  --Quel est le genre de ce recueil? Ses chants sont-ils desmorceaux
      indépendants, ou forment-ils  un ensemble  suivi?  En dépit  deHerder  qui,  dans ses
     Chants d'amour de Salomon  (1778), optaitpour la première hypothèse, ils sont, en
     général, en relation les unsavec les autres. On le voit à la présence des mêmes

     personnages (laSulamite, les filles de Jérusalem, etc.), à la répétition de certainsmots
     et de quelques refrains (Ca 2:7 et Ca 3:5). Mais, sices chants forment une suite, à quel
     genre littéraire serattachent-ils, et quel en est le sens? C'est là une questiondifficile et
     très discutée. Le savant allemand Delitzsch y a vu un poème, chantant le mariagede

     Salomon avec la Sulamite. Mais comment concilier cette hypothèseavec la conclusion
     du livre, qui célèbre la victoire de la jeunefille? (Ca 8:10) Comment identifier Salomon
     avec le berger quivient frapper, la chevelure trempée de rosée, à la porte de labergère?
     (Ca 5:2) Enfin, comme l'a fait observer le professeurCh. Bruston, le langage du roi ne

     contient-il pas «des cruditésincompatibles avec le sérieux d'un jour de mariage»? Une
   1378   1379   1380   1381   1382   1383   1384   1385   1386   1387   1388