Page 1747 - dictionnaire westphal
P. 1747

fauteursde désordre. Le récit biblique, au contraire, montre sa supériorité,son
     inspiration divine en ce que, tout en maintenant à la création denotre monde un
     arrière-plan de chaos et de désolation, il introduitsur cette scène mystérieuse et
     terrifiante le Dieu unique,indépendant du chaos, dominant les ténèbres de l'abîme,

     faisantjaillir par sa seule parole, de cette masse désordonnée, une
     créationharmonieuse, féconde, bonne; d'un mot, démontrant par son action
     sasouveraineté sur tout ce qui existe, sa sagesse et sa bonté. Là est la valeur
     permanente de la première page de la Bible. Si,comme d'aucuns le pensent, le
     rédacteur final de notre récit s'estefforcé de faire disparaître par souci de monothéisme
     tout ce qui,dans la donnée primitive, pouvait rappeler des temps
     catastrophiquesantérieurs à la création de notre monde, si même (ce qui n'est
     pasprouvé) il s'est appliqué à vider l'abîme de ses monstres en faisantrentrer ceux-ci
     dans la catégorie des êtres vivants qui, sur l'ordrede Dieu, «fourmillent dans les eaux»
     (Ge 1:21), il n'a pueffacer le témoignage donné sur ces temps antérieurs par les
     textesque nous avons cités. «De ce que Rahab et Tannin figurent çàet là comme
     emblèmes de l'Egypte, on a conclu, bien à tort, que cesmonstres désignent
     habituellement cette grande puissance.»(Vuilleu-mier, La première page de la Bible,
     1896.) Ces textes, qui se présentent dans un ensemble doctrinal oùJéhovah est
     proclamé Dieu unique, seul vivant, seul vivifiant, auteurde toutes les choses qui sont
     (Esa 44:6,Pr 8:32-24), nousinvitent simplement à penser que le monde auquel nous
     appartenons, laterre sur laquelle se joue le drame de notre salut n'est pas lacréation
     première, le commencement des oeuvres divines. Cettehypothèse, que la philosophie a

     souvent fait valoir, nous paraîttrouver un sérieux appui dans la révélation biblique
     elle-même. Avecelle, nous pouvons tout au moins entrevoir la véritable cause de
     lacréation de notre monde, la raison d'être d'expressions commecelles-ci: Faisons
     l'homme à notre image, ou: l'homme est devenucomme l'un de nous (Ge 1:26 3:22), et
     nous expliquerl'irruption du mal dans le berceau de l'humanité; avec elle, leproblème
     posé par l'existence, avant la création terrestre, de filsde Dieu, bons (Job 1 et Job 2,Ps
     29 et Ps 28) etmauvais (Ge 6:1,Job 1 et Job 2,Za 3), est, sinon résolu, dumoins éclairé.
     Enfin, quiconque veut rapprocher des textes que nousavons cités les passages où la
     théologie johannique et la théologiepaulinienne parlent des «oeuvres du diable» dans le
     monde (1Jn3:8, cf. l'ennemi de Mt 13) et de l'action créatrice duVerbe (Jn 1:3-14), du
     Fils au sens intégral de ce mot,«premier-né de toute création» (Col 1:13,17), se sentira
     enclinà se représenter que la création de notre monde terrestre elle-mêmefaisait déjà
     partie d'un plan rédempteur, qu'elle a été à proprementparler une entreprise de
     rédemption et que son histoire, dansl'histoire universelle des oeuvres créatrices, n'est

     autre que lechapitre de l'activité du Fils: le Fils, après avoir du sein desruines
     chaotiques et pour relever ces ruines fait surgir notre mondeterrestre, et après avoir
     soutenu le plan rédempteur de Dieu tout lelong de l'évolution humaine, s'est incarné
     en Jésus-Christ poursauver le monde et y susciter l'armée des volontaires du
     Royaume deDieu. Ainsi s'expliquerait pourquoi Jésus, ayant mené à bien l'oeuvrede
     restauration universelle, dit à son Père, non pas: «Glorifie-' moide la gloire que j'avais
     auprès de toi avant mon incarnation sur laterre», mais: «J'ai achevé l'oeuvre que tu
     m'avais donnée à faire.Maintenant, toi, Père, glorifie-moi auprès de toi-même de la
   1742   1743   1744   1745   1746   1747   1748   1749   1750   1751   1752