Page 1744 - dictionnaire westphal
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d'Assyrie ou de Babylone, les ténèbres n'étaient pas unesimple notion négative:
l'absence de lumière, mais un lieuredoutable, hostile, ayant une existence propre, un
séjour distinct(cf. Ge 1:4,Job 22:11 26:10 38:19, comp. Jn 1:5,Lu 22:53,Eph5:11
6:12,Col 1:13); de même la Tehôm évoquait dans leur espritl'abîme redoutable des
temps primitifs: la grande Tehôm était àla fois la demeure et l'entraîneuse des
monstres, ennemis: de lacréation et des hommes, dragons ou serpents marins appelés
Rahab,Léviathan, Tannîn, etc. La grande Tehôni et ses suppôts, lesfaiseurs de chaos,
étaient censés avoir mené les terribles bataillesauxquelles mit fin la création de notre
monde. Pour pouvoir fairejaillir les sources, créer la lumière, suspendre le soleil
aufirmament, fixer les limites de la terre, il a fallu d'abord queDieu, «aux temps
antiques», brisât les têtes des monstres sur leseaux, qu'il écrasât la tête du Léviathan,
fendît en deux la merprimitive, la grande Tehôm (Ps 74:12-17) quil fît de Rahab un
cadavre (Ps 89:10-12), qu'il courbât sous lui lesauxiliaires de Rahab (Job 9:13,
défiguré par nos traductions),que sa main transperçât le serpent fuyard (Job 26:13) et
mîtà sec la grande Tehôm «dès les anciens âges» (Esa 51:9 etsuivant), se constituant
ainsi par ses victoires gigantesques«l'Éternel des armées» (Esa 51:15,Ps 89:9). Si les
rabbins quimirent ensemble les sources du Pentateuque n'avaient pas révisé lestextes
dans le sens du monothéisme le plus jaloux, peut-être le récitde Ge 1, le récit primitif
en huit paroles (voir Création),porterait-il des traces du grand combat cosmique qui
inaugura lacréation. Et nous nous expliquerions mieux comment, au lendemaind'une
création qui, toute, était «très bonne», un ennemi de Dieu a puse glisser dans le
paradis sous la forme du serpent. Nouscomprendrions mieux aussi le sens de textes
tels que Lu 8:31,Eph2:2 6:12,Ap 9:1,12 17:8 20:1. Quand et comment s'est produite
cette catastrophe cosmique dontles livres de Job, des Psaumes et d'Ésaïe ont fixé le
lointainsouvenir dans des images poétiques? Nous ne le comprenons pas et nousne
pouvons pas le comprendre, puisque l'événement s'est accompli endehors de nos
conditions d'existence. «Des choses qu'on ne peutsavoir, a dit Calvin, l'ignorance est
docte.» Mais c'est déjàbeaucoup que de savoir qu'il y a un mystère et de le
respecter,plutôt que de vouloir expliquer toutes choses comme si ce mystèren'existait
point. Si maintenant nous nous tournons vers le milieu où la Biblenaquit, les fouilles
les plus récentes nous apprennent qu'entre lequatrième et le deuxième millénaires
vécut dans la basse Mésopotamie,au bord du golfe Persique, un peuple qui n'était pas
d'originesémitique, les Sumériens, venu par mer et devenu par sa cultureavancée
l'animateur des civilisations égyptienne, babylonienne,assyrienne, hittite. Son centre le
plus connu était Ur, la villed'Abraham, père des Hébreux. Le génie sumérien, qui
s'éteignit deuxmille ans av. J.-C, laissa sur les siècles suivants une telleempreinte que
Bérose, trois ou quatre cents ans av. J.-C, rapporte lemythe d'après lequel, dans
l'antiquité la plus reculée, des êtresétranges, moitié hommes, moitié poissons,
conduits par Oannès,auraient atterri sur le bord du golfe Persique, se seraient
installésen Sumer et auraient enseigné à l'humanité tout ce qu'elle a besoinde savoir

