Page 1745 - dictionnaire westphal
P. 1745

pour se connaître, s'enrichir, organiser sa puissance.«Tout ce qui rend la vie meilleure,

     dit Bérose, fut transmis auxhommes par Oannès, et depuis lors, aucune invention ne
     fut plusfaite.» Ce mythe qui, jusqu'en ces dernières années, faisait figure defantaisie, a
     pris un sens depuis les fouilles sud-mésopotamiennes. Onn'en est plus aujourd'hui à
     chercher l'origine de la pensée et desarts en Grèce, en terre égéenne ou phénicienne,
     en Caldée, en Egypte:«Les sources remontent plus haut encore, à l'origine se trouve

     Sumer»(cf. Les Sumériens, par C. Léonard Woolley, 1930). Il n'est doncplus nécessaire,
     dans  ce que nous  allons voir, de prétendre que laBible a emprunté à Babylone la
      légende des origines:  création  oudéluge; la  vérité,  que  l'avenir  dégagera peut-être,

     pourrait bienêtre qu'Hébreux et Caldéens ont puisé à une source commune et ceux-
    làplus directement que ceux-ci. Quoi qu'il en soit, la contréeeuphratique où la Genèse
     place le  paradis demeure celle  desintuitions  et  des révélations  originelles.  La
     civilisation  desSumériens «illuminant un monde encore plongé dans la
     barbarieprimitive, eut le caractère d'une création...Nous leur devons unepart de nous-

    mêmes; ils sont nos ancêtres spirituels...» (Woolley.) Cela dit, revenons aux Scribes de
      Babylone  et  de Ninive.Longtemps  avant Abraham, vers  2500 av.  J.-C,  un poème
     sumérien quinous a été conservé, traduit et adapté pour les bibliothèques deBabylone

     et de Ninive, nous rapporte sur l'origine de l'univers descroyances qui, sous des formes
     variées et grossièrementmythologiques, confirment les grands traits de ce que la Bible
     nousenseigne. Ce poème de 994 lignes, divisées en sept sections égalesconsignées
     chacune  sur une tablette, raconte comment le dieu Mardouk,dieu  solaire, divinité
     suprême de Babylone, procéda à la création dumonde après avoir triomphé des forces

     anarchiques du chaos,représentées par Tiamat, l'abîme océanique primitif,  et par
     sessuppôts. Tiamat, pour la lutte infernale, «enfante d'énormesserpents,  revêt
     d'épouvanté  les terribles dragons, fait surgir demonstrueux  reptiles».  Il y a entre le
     récit de Ge 1 et le poèmesumérien un parallélisme incontestable. Dans les deux cas,

     lecréateur: (a)  fait  sortir  le  monde du chaos;  (b)  établit  la  lumière  avant la  création
     desluminaires; (c) divise la matière existante pour séparer les eauxd'en haut d'avec les
     eaux d'en bas, la mer souterraine d'oùjaillissent les sources; (d) crée les corps célestes
     et  installe  les  astresdans le  ciel;  (e) présente la  formation  de l'homme comme  le

     pointculminant de la création des êtres vivants; (f) suscite la créature humaine en la
     composant à lafois  de l'élément  terrestre  et de l'élément  divin (le  souffled'Élohim,  le
     sang de Mardouk).  Dans les  deux cas, l'être  humain est  créé pour le  service  de
     ladivinité. La cosmogonie caldéenne présente l'homme comme fait àl'image de son dieu

      et  pour lui  offrir  un culte.  Toutes cesressemblances,  et  leur  point  de  départ:  la
     similitude des nomsjumeaux, Tehôm et Tiamat (cf.  l'assyr.  Tihamtu  et l'hébreu
      Tehômôt)  suffisent à prouver que la cosmogonie hébraïque et lacosmogonie
     babylonienne dérivent toutes deux des croyances quiexistaient  au berceau de la

     civilisation. C'est au point qu'on ne peut en réalité distinguer entre lareprésentation du
     monde imaginée par un Sémite babylonien et celleque s'en faisait un Sémite hébreu:
   1740   1741   1742   1743   1744   1745   1746   1747   1748   1749   1750