Page 1743 - dictionnaire westphal
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COSMOGONIE
La première page de la Bible attribue à Dieu la création del'univers, de tout ce qui
existe. En général, dans les mythologies,la lumière préexiste aux dieux, à moins que le
dieu ne soit lui-mêmeen quelque sorte la personnification de la lumière. Dans le
récitbiblique, c'est Dieu qui crée la lumière, et pour cela une parole luisuffit. La
majesté, unique dans la littérature des hommes, de notrerécit de la création, a incité
les traducteurs à rendre la premièreligne de la Bible par la formule imposante: «Au
commencement, Dieucréa le ciel et la terre.» Les philosophes, spéculant sur
cetteformule, ont décrété que le récit biblique de la création enseigne lacréation ex
nihilo. Pourtant, le mot hébreu employé ici: bârâ et sa traduction dans les LXX:
époïêsen, ne signifient pointcréer de rien, mais simplement: faire, fabriquer,
confectionner.L'expression tirer du néant est étrangère à la lettre comme àl'esprit de la
théologie hébraïque (1re allusion: 2Ma7:28). Examinons de près les textes eux-mêmes.
L'ouvrage d'où a été tirénotre récit de la création sous sa forme actuelle, P, s'ouvre par
dixtableaux généalogiques, débutant tous par ces mots: «Voici lagénération» ou «le
commencement de». Le premier tableau est celui dela création du cadre où les
générations humaines vont se succéder:ciel et terre indiquent en effet, selon les
conceptions du temps, lemonde visible dans sa totalité, lequel monde a le ciel pour
voûte, laterre pour sol et l'homme pour raison d'être. Le récit P de lacréation va de Ge
1:1 à Ge 2:4. Ces derniers mots sont eneffet reconnus comme appartenant
incontestablement à P et devaient,dans son texte primitif, se trouver en tète de la
premièregénéalogie. Le début du récit peut donc être reconstitué comme suit:«Voici la
génération du ciel et de la terre: lorsque, aucommencement, Dieu créa le ciel et la terre
(c-à-d. organisa le mondeoù l'homme devait vivre), la terre (c-à-d. la matière d'où
l'habitathumain allait sortir) était informe et chaotique (hébreu tôhouvâbôhou, d'où
l'expression française «tohu-bohu»); les ténèbrescouvraient la face de l'abîme et l'Esprit
de Dieu planait (proprementreposait comme l'oiseau qui couve pour échauffer ses
oeufs) sur leseaux.» On peut traduire aussi: «Au commencement de la création parDieu
des cieux et de la terre, lorsque la terre était informe et videet que les ténèbres étaient
sur la face de l'abîme, alors Dieudit...» (SBD, art. Cosmogonie). La Bible du
Rabbinatfrançais traduit: «Au commencement, Dieu avait créé les cieux et laterre. Or,
la terre n'était que solitude et chaos.» Il résulte dupréambule Ge 1:1 et suivant que,
lorsque Dieu résolut de créerle monde dans son ordonnance actuelle, notre univers
existait àl'état de masse informe, ténébreuse, plongée dans la Tehôm, l'Abîme
aquatique. La question de savoir si Dieu était l'auteur premier du matérielchaotique
qu'il avait devant lui et qu'il allait transformer encréation ordonnée et féconde, n'est
pas posée ici; mais elle estrésolue par l'affirmative dans tout l'enseignement biblique;
Dieu, lepremier et le dernier parmi tous les êtres, y est donné commel'auteur de tout
ce qui existe. Qu'est-ce donc que ce mondemystérieux et désolé sur lequel plane
l'Esprit divin? Notons d'abord que, pour les anciens Hébreux comme pour leursfrères

