Page 1433 - dictionnaire westphal
P. 1433

pas  décisif.  On  peuttrès  bien  admettre,  avec  la  plupart  des  commentateurs

     d'aujourd'hui,que l'apôtre a reçu du Seigneur ce qu'il dit de la Cène, mais par lemoyen
     des autres apôtres qui, à Jérusalem, avaient pleinementapprouvé son évangile et son
     ministère, et lui avaient donné la maind'association (Ga 1:18 2:9). D'autre part, cette
     conformité, au moins pour tout l'essentiel,de l'évangile de Paul avec celui des apôtres
     qui avaient accompagnéJésus pendant son ministère terrestre, nous paraît suffisante

     pourréduire à néant la thèse très en vogue dans certains milieux pour quil'évangile du
     salut et, dans l'évangile, le récit de l'institutionseraient une pure invention de Paul ou
     une adaptation à la religionchrétienne d'une certaine idée païenne de la rédemption

      (par  lesacrifice  d'un dieu),  idée  qu'il  aurait  empruntée au culte  desMystères  (cela
     n'exclut d'ailleurs pas la  possibilité  d'un empruntfait  par l'apôtre à la langue des
     Mystères, de certains termes qu'ilaurait christianisés en quelque sorte et incorporés
     dans sonvocabulaire théologique, pour mieux se faire comprendre de telsanciens
     païens à qui s'adressaient ses épîtres;voir Mystère). Abordons maintenant la narration

      même  de l'institution  de  laCène,  et  demandons-nous quelle  fut,  dans cette
      circonstance,  lavéritable  pensée, l'intention  profonde et  miséricordieuse  duSeigneur.
      D'après  les  Synoptiques (Mt  26:17-19,Mr  14:12,36,Lu22:7-13), indirectement

     confirmés par ce que dit Paul quand ilappelle Christ «notre agneau pascal» (1Co 5:7), il
      est  hors dedoute que Jésus, le  soir  des adieux,  a voulu prendre avec ses apôtresle
     repas de la Pâque prescrit par la Loi (Ex 12:24 etsuivant;voir Paque), et que ce repas fut
     l'occasion de l'institutiondu sacrement eucharistique. Le repas pascal, en unissant les
     enfants d'Israël plusétroitement les uns aux autres par la communauté  d'un  grand

     souvenir,devait aussi--et surtout--les unir d'une manière plus intime au Dieuà qui ils
     appartenaient à un double titre, puisqu'il était en mêmetemps que leur Créateur leur
     Libérateur, Celui qui les avait sauvésde «la maison de servitude», et les avait appelés

     ainsi à l'existenceen tant que peuple indépendant  et organisé. Jésus, venu non
     pourabolir mais pour accomplir (Mt 5:17), et qui a toujours vouluaffirmer son étroite
     solidarité avec son peuple, a tenu à prendreavec ses disciples le repas commémoratif
     de la Pâque tel qu'il vientd'être défini. Mais au sens primitif, religieux et national du
     repastraditionnel, il va surajouter une signification nouvelle,complémentaire et toute

     spirituelle, et c'est la seule qui compteraet restera après lui, substituée à la première,
     dans la pratique del'Église: au cours du repas il accomplit un acte symbolique destiné
     àgraver au plus profond de l'âme de ses disciples non  seulement lesouvenir de sa

     mort, mais l'idée du véritable caractère de cettemort, don total de lui-même, sacrifice
      librement  consenti pour sesdisciples  et  pour le  monde entier  (Mr  10:45,Mt
     20:28,Jn10:11,16,17). Hanté par la pensée de sa fin toute proche, il prenddu pain, le
     rompt, comme faisait le père de famille au début du repaspascal (on rompait toujours
     le pain chez les Juifs) et, après avoirrendu grâces, le donne à ses disciples en leur

     disant (D'après lesdifférents  récits combinés): «Prenez, mangez, ceci est mon corps
     quiest donné (ou rompu) pour vous. Faites ceci en mémoire de moi.» Puis,«quand ils
   1428   1429   1430   1431   1432   1433   1434   1435   1436   1437   1438