Page 1415 - dictionnaire westphal
P. 1415

CAUSE
     1. La notion philosophique de cause, c-à-d. le principe de la causalitéqui se trouve à
     l'origine de tout fait et de toute existence, étaitétrangère à la pensée israélite,  qui

     répugnait à l'abstraction etignorait  l'idée moderne de loi  générale du monde.
     L'argument appelécosmologique depuis Kant, D'après lequel  ce monde est  un
     effetcontingent qui suppose une cause première nécessaire, est indiquésous  forme

      populaire par saint  Paul (Ro 1:19  et suivant) et parson disciple  l'anonyme auteur de
     l'épître aux Heb: «II n'y a pas demaison qui n'ait été construite par quelqu'un; or, celui
     qui aconstruit toutes choses, c'est Dieu.» (Heb 3:4). Cettepersonnification de la cause
      première  en Dieu,  Dieu  vivant  etagissant,  le  Dieu  de toutes  les  initiatives,  domine
     toute laRévélation biblique des deux alliances, mais comme une convictionintuitive des

     croyants inspirés, et non comme la conclusion d'unraisonnement métaphysique (voir
     Dieu). Pour l'ancien Israël, Dieuétait la «cause suprême et absolue de tout» (Oehler); il
     l'étaitdirectement, car on ne distinguait pas entre cause première et causessecondes,

     entre volonté providentielle et lois naturelles: letonnerre était sa voix (Ps 29:3), la glace
     provenait de sonsouffle (Job 37:10), etc. Il était même la cause des souffranceset du
     mal: qu'on lise les affirmations intrépides des prophètes:Am 3:6,La 3:37 et suivant, Esa
     45:7. Ce dernier point devue souleva d'ailleurs, avec les malheurs du Royaume et le

     désastrede l'exil, le troublant problème du mal, sujet du poème de Job et decertains
     Psaumes (Ps 37,Ps 73).  La pensée religieuse  israélite  nevoulut jamais  admettre,  en
     tout cas, que Dieu pût être cause dupéché, ni comme auteur, ni comme instigateur
     (Jas 1:13  etsuivants), et le récit de la chute l'attribue à une puissanceadverse (Ge 3),

     comme la parabole de l'ivraie affirme l'oeuvred'un ennemi (Mt 13:23). Voir Cosmogonie
     et Chute.--Tout problèmedes origines demeure enveloppé d'un certain mystère; mais
     lesprophètes et l'Évangile projettent la pleine lumière sur le problèmedes destinées  ;
      pour employer  le  langage philosophique,  en Dieu  la«cause  première»,  voilée,  a  pour

     contrepartie la «cause finale»,révélée: car son but suprême, son dessein permanent, est
     lasuppression de la souffrance, la défaite  du péché et le salut dupécheur pour
     l'établissement du Royaume. (cf. Jn 9:1-5,Ro11:32,1Co 15:24-28, etc) C'est le plan de

      sarédemption:  l'iniquité  des  pécheurs est  cause des  meurtrissuresde  son serviteur,
     mais il veut faire de ces meurtrissures la cause deleur guérison (Esa 53:5); l'Éternel
      agit  ainsi,  non à  caused'eux,  mais  à  cause de  son saint  nom,  à  sanctifier  dans
      lemonde  (Eze  36:22  et suivant). Cet «à cause de...»  marque sondessein final de Dieu

     Sauveur et Roi. Calvin, appliquant à notresalut l'analyse des modes de la causalité, en
     distinguait quatrecauses: l'efficiente,  savoir la miséricorde de Dieu; la matérielle,le
     Christ obéissant; l'instrumentale, notre foi; la finale, ladémonstration de sa justice et
      la  glorification de son amour(Instit.,  III,  14:17, 21).  C'est  ainsi  que les  fidèles  du

     SauveurJésus,  «en perdant leur  vie  à  cause  de lui,  laretrouveront»  (Mt  10:39).
     L'humanité,  comme l'individu,  estappelée à pouvoir célébrer  en Dieu  «l'auteur, la
     source et la causede son éternel bonheur». Ici et là apparaît le terme de cause au sens
   1410   1411   1412   1413   1414   1415   1416   1417   1418   1419   1420