Page 1626 - dictionnaire westphal
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CLEFS (pouvoir des)
Le grand Dict. cathol. de la Bible, de F. Vigouroux, définitainsi la potestas clavium :
Jésus «-transmet à Pierre les clefs duroyaume des cieux (Mt 16:19) et le constitue ainsi
le granddignitaire de l'Église militante, avec le pouvoir d'introduire dansl'Église
triomphante les âmes auxquelles il applique les mérites duRédempteur. Les clefs sont
ainsi la marque de son autorité». En regard de cette définition, que nous enseignent les
textesévangéliques? Ceux-ci constituent deux séries: les déclarations deJésus, les
passages du N.T. où Simon Pierre se trouve caractérisé.I Pierre, le disciple de la
première heure, l'apôtre enthousiaste,le grand impulsif, répond le premier à la
question de Jésus «Quidites-vous que je suis?»: «Tu es le Christ, le Fils du Dieuvivant»
(Mt 16:16). Il y a donc désormais sur la terre un hommequi a compris ce qu'est Jésus
et qui le confesse. Cet homme est lapremière «pierre vivante» (1Pi 2:4) de l'édifice de
l'Église.Jésus le proclame en déclarant: «Tu es Pierre et sur cette pierre jebâtirai mon
Église» (Mt 16:18). La prophétie s'est réalisée:Pierre, premier confesseur, premier
témoin de la résurrection, est leporte-parole des disciples au jour de la Pentecôte (Ac 2,
cf.Ac 4); comme président du collège des Douze, il jugeAnanias (Ac 5:1 et suivants); il est
le premier à introduire despaïens dans la communauté chrétienne (Ac 10:48). C'est
vraimentà lui, dans la fondation de l'Église, que remontent lescommencements. Jésus
en proclamant cette prééminence a-t-il confié à Pierre la,primauté? L'a-t-il créé
souverain pontife, maître de l'absolution? Onallègue, pour le prétendre, qu'il a reçu de
Jésus le pouvoir desclefs: «Je te donnerai les clefs du royaume des cieux; tout ce que
tulieras sur la terre sera lié dans les cieux et tout ce que tudélieras sur la terre sera
délié dans les cieux» (Mt 16:19). Parces paroles, Jésus fait allusion aux grandes clefs
de bois dont on seservait dans l'antiquité pour lier et pour délier les cordes
dontl'enchevêtrement fermait les portes en Orient. On peut rappeler aussique dans le
langage des rabbins de l'époque, «lier et délier»désignait couramment le droit de
défendre et de permettre, le pouvoirlégislatif. Si cette déclaration était isolée, elle
seraitpéremptoire et Pierre serait bien le «vicaire de Christ», maître desdestinées de
l'Église, chef incontesté des autres disciples. Mais ilse trouve que le pouvoir ainsi
conféré, Jésus l'accorde, deuxchapitres plus loin, à tous ses disciples: «Je vous le dis
en vérité,tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, ettout ce que vous
aurez délié sur la terre sera délié dans leciel» (Mt 18:18). On ne peut, sans manquer à
la vérité,attribuer une valeur exclusive à un verset et refuser toute valeur àl'autre. S'il
fallait, ce qui d'ailleurs ne s'impose pas, choisirl'une des deux formules en conformité
avec l'ensemble des doctrinesdu Seigneur, il suffirait de rappeler cette parole de Jésus,
tiréeencore du même évangile: «Ne vous faites point appeler maître, carvous n'avez
qu'un seul maître et vous êtes tous frères; n'appelezpersonne sur la terre votre Père,
car vous n'avez qu'un seul Père,celui qui est dans les cieux...Quiconque s'élève
seraabaissé» (Mt 23:8-12). On voit ici que l'idée d'établir dansl'Église un «Saint-Père»,
un maître infaillible, un prince exerçantsur les chrétiens, évêques ou laïques, la

