Page 1550 - dictionnaire westphal
P. 1550
CHRÉTIEN
(Grec christianos, de Christos-- Oint, Messie). 1. Importance du terme. Elle est grande,
car il est intéressant de distinguer quellesignification peut revêtir le mot de «chrétien»
dans le N.T. Ce mot,qui désigna assez rapidement la «secte» nouvelle, ne peut-il
pasjeter, en effet, quelque lumière sur le caractère qu'elle offraitoriginellement à ceux
qui la considéraient de l'extérieur? Nossources sont malheureusement bien restreintes
puisque le terme de«chrétien» ne se rencontre que trois fois dans toute la littératuredu
N.T., et encore, non pas dans l'Évangile, mais dans le livre desActes des Apôtres et
dans 1 Pierre (Ac 11:26 26:28 1Pi 4:16). Nous pouvons donc en inférer (et cette
constatation à spnimportance) que Jésus lui-même n'a pas éprouvé le besoin de
consacrerpar une appellation officielle ses disciples et ses partisans. Ilsemble bien
d'ailleurs que Jésus n'a pas songé à laisser après luiune Église proprement dite, une
religion nouvelle dont le caractèreserait nettement désigné par un terme significatif. Il
n'a pascherché à dresser en face du Temple et du judaïsme une «religionnouvelle»,
mais à promouvoir une «société nouvelle» d'hommessurnaturels, nés à la vie d'En-
haut, véritable cellule du Royaume deDieu. 2. Date et lieu d'origine. Notre seule
information sur ce point se trouve dans Ac 11:26.Le terme de «chrétien» s'y présente
nettement comme émanantdu milieu païen d'Antioche de Syrie. Les premiers chrétiens
seservaient d'autres termes pour se désigner eux-mêmes. Ils se disaient«les disciples»
(Ac 11:26), «les frères» (marquant par là lecaractère prédominant de fraternité de leur
première communauté;Ac 9:30,Ro 16:14), «les élus» (Ro 8:33,Col 3:12), «lessaints» (les
consacrés, les séparés du monde; Ac 9:13,Ro 12:13),«les croyants»...ceux «de la voie»
(Ac 9:2; l'Évangile étantconsidéré ici sous un aspect de mouvement comme une route à
prendre,une vie à vivre). Mais quand donc le terme de «chrétien» apparaît-ilcomme
ayant pris son caractère officiel? Dans Ac 26:28 nous le retrouvons sur les lèvres du
roiAgrippa. Certainement lorsqu'Agrippa l'emploie officiellement, devantle gouverneur
romain, à Césarée, il est compris de tous et ne prêteplus à aucune confusion. Lorsque,
plus tard encore, l'épître dePierre reprend l'appellation de «chrétien», c'est bien par
allusionau mépris voué à ce nom par les Romains mais en témoignant qu'il estdevenu
pour les persécutés un sujet de gloire. Plus tard, face auxtribunaux romains qui
jugeront les chrétiens poursuivis pour leurfoi, ce terme deviendra le cri de témoignage
rendu au Sauveur: «Jesuis chrétien.» L'origine du titre semble donc bien être païenne.
Les Juifs, quin'ont jamais reconnu en Jésus le Messie et qui n'avaient aucuneraison
de rappeler, par un terme messianique, celui qu'ils avaientcrucifié comme
blasphémateur, auraient préférablement construit unnom à l'aide du nom propre de
Jésus, comme ils aimaient dire enparlant des disciples du Maître «les Nazaréens» (Ac
24:5,Jn1:46). Il appartenait à des païens, qui journellement dans les rues,sur les
places publiques, entendaient affirmer par les partisans deJésus sa messianité, de
fabriquer pour nommer les chrétiens un termerappelant l'essence de la doctrine sans
cesse affirmée par eux. Lamessianité de Jésus n'était-elle pas le thème constant et

