Page 1489 - dictionnaire westphal
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CHARITÉ
    Dans nos versions de la Bible, comme dans la langue théologique, lacharité a le même
     sens général que l'amour (voir ce mot), désignantla vertu chrétienne fondamentale, et

     non pas les sens dérivés etparticuliers d'indulgence, bienfaisance ou aumône; elle est
     mêmeopposée à ce dernier sens dans le verset 3 du célèbre hymne de saintPaul à la
     charité (1Co  13). Le grec du N.T.  a toujours le mêmeterme:  agapê;  s'il est

      ordinairement  traduit  «charité»  lorsqu'ils'applique à  l'amour des  hommes  entre  eux
     plutôt qu'à l'amour deshommes pour Dieu ou de Dieu pour les hommes, c'est parce
     qu'il s'agitd'éviter toute confusion entre les affections humaines sanctifiéespar Dieu et
     les dégradations sensuelles que le langage courant couvredu même mot d'amour. Cette
      précaution  s'était  imposée  dès  l'abord aux premierschrétiens:  ils  avaient  adopté à

     dessein le terme agapê , commeétant à peu près étranger à la langue populaire et à la
      languelittéraire,  pour le  distinguer  de l'amour  de la  beauté,  érôs,  quicomportait
     toujours plus ou moins l'idée de désir ou de convoitise.Au contraire, le verbe grec
     agapân  impliquait  estime  etrévérence, alors que le verbe de la vie courante  phileïn

     exprimait  un attachement plus amical  et personnel (étudier  leursuccession dans le
     texte grec de Jn 21:15-17). Dans les LXX, agapê désignait l'amour pour Dieu ou pour
     la Sagesse (Sag 3:96:18), et l'amour conjugal symbole de l'amour divin (Jer 2:2);sans
     doute dans le Ca des Ca il s'appliquait onze fois à l'amourcharnel, mais probablt parce

     que les traducteurs y voyaient déjà,comme plus tard l'Église chrétienne, le symbole de
      l'amour mystique;d'ailleurs  il  ne semble  pas que les  auteurs du N.T.  aient
     euconnaissance du Ca comme d'un  livre canonique. Donc, dans une trèsgrande

     mesure, le terme d'agapê est une création du christianismecomme l'amour véritable
     est une révélation du Christ. (Voir Trench, Syn. N.T., p. 45SS). Lorsque Jérôme, au IV
     e siècle, traduisit la Bible en latin, ildut à son tour éviter le mot  amor,
     irrémédiablement avili  etdiscrédité  par le  paganisme. Par ex.,  la  magnifique
     définitionjohannique: «Dieu est amour» (1Jn 4:16), traduite littéralement: Deus amor

     est,  aurait détonné comme une déclaration éminemmentpaïenne: «L'amour est un
     dieu.» Jérôme traduisit donc: Deus chantasest. Et c'est ce terme latin de la Vulgate,
      charitas  =actionde chérir  (parfois  alterné  avec le  synon.  dilectio),  qui  par lasuite  est
     devenu le français: charité, dans les cas où il importede garantir à l'amour chrétien sa

     pureté, sa spiritualité  et,  pourtout dire,  sa sublimité,  la  charité qui doit  unir les
     créatures étantfonction de l'amour de leur Créateur et Rédempteur, l'infinie charitédu
     Dieu de Jésus-Christ. Jn L.
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