Page 1475 - dictionnaire westphal
P. 1475

culte fort étranger à nosbesoins? La marque de la Réforme, c'est d'avoir suivi, non les

     moeurscléricales  avec leur unisson, mais  l'art populaire,  qui a toujoursvoulu des
     harmonies: instinct juste, devenu le symbole de ladiversité des dons dans l'Église, le
     rythme pliant chacun à la mêmerègle morale. L'écriture homophone à quatre voix =un
     accord parsyllabe, est l'équivalent moderne de l'unisson des temps obscurs =une note
     par syllabe (Riemann). La mélodie a commencé par êtreconfiée au ténor (=la voix qui la

      «tient»),  les  femmesl'accompagnant.  Mais  Goudimel  déjà,  pour les  Huguenots (1564
     et1565), a donné  plusieurs fois l'air aux femmes, les ténors rentrantau rang
     d'accompagnateurs  et  chevaliers  servants. Lucas Osiander  afait  de même  en

     Allemagne pour le choral (1586). Aujourd'hui  ceserait peut-être habile de rendre
     parfois la mélodie aux ténors, quise croient inutiles s'ils ne mènent pas les affaires; on
      en reverrapeut-être  au culte  public...Il  reste  que l'écriture  à quatre voix,avec  air  au
     soprano, est la plus favorable pour que chacun puissechanter (Winterfeld).  On
     l'apprend aux premières pages de laRéformation. Luther: «La voix (mélodie) va, droite

     et simple, selonsa nature; les autres jouent autour d'elle...Quiconque ne sait y voirune
     oeuvre indiciblement merveilleuse de Dieu, n'est pas digne du nomd'homme; il n'est
     bon qu'à ne plus entendre que braiement d'âne etgrognement de truie» (1545). Viret,

     fort  bon musicien:  «Il  semble quele plain-chant (=unisson) ne soit  pas musique en
     comparaison del'autre (à quatre voix).  Quand on ne chante qu'à une voix,  on ne
     peutjuger de l'excellence de la  musique» (1550).  «Ainsi  qu'un même oiseaune peut
     exprimer toutes les voix des autres, ainsi un même homme nepeut exprimer tous les
     tons, tous les sons et toutes les parties demusique, mais  sont contraints de

      s'assembler plusieurs  pour ypourvoir»  (1561).  Le premier  psautier  de St-Gall  (1601)
     apporte desharmonies à tous les airs «pour la récréation de l'homme du peuple».Et
      lorsque Reichardt,  de  Berlin,  vient  dans la  campagne zurichoise,vers  1800, il
     s'émerveille, à la saison des foins, d'entendre faneurset faneuses chanter à quatre voix

     dans les prairies. «Mais, luidit-on, nous voulons avoir ici le même plaisir qu'à l'église!»
     Telleest  la vraie tradition  protestante populaire en France et en Suisse.Du fait  que
     maint psautier n'imprime que l'air, conclura-t-on contrel'usage des quatre voix? Que
     tirer alors du fait que de plusnombreuses éditions n'ont aucune musique? Qu'on ne

     doit pas chanterdu  tout? Bourgeois et Goudimel, puis Claudin le Jeune  et d'autres
     enFrance, Walter puis Schütz, en Allemagne, ont toujours pourvu à desharmonies, ce
     qui est  la  forme  normale du chant populaire et  parconséquent du chant d'église
     protestant. Une autre raison milite encore en faveur des quatre voix. Toutemélodie (la

     seule partie de la musique qu'on utilise avec l'unisson)a un certain ambit =distance
     entre la plus basse et la plushaute des notes. Les voix de femmes,  plus souples,
     peuvent aller dedo à mi (10 tons; Recueil de Paris, n° 143; Laufer, 590: «Non, rienen
     ma personne»); les basses auront de la peine à trouver ce mi sansforcer la voix; l'effort

     ne sera pas beau. Avec l'écriture mixte, ily a «harmonie» et l'effet est saisissant. Si l'on
      baisse  tous lesairs,  pour que les  hommes puissent les  chanter, on exclut  la
   1470   1471   1472   1473   1474   1475   1476   1477   1478   1479   1480