perdue, mais il faut se rappeler aussi que les malheureuses qui avaient une fois mérité ce nom, le
conservaient alors même qu'elles ne vivaient plus dans la pratique du mal, cf. Matthieu 21:31-32. Rahab
doit donc être considérée comme une femme qui a exercé le métier de prostituée, mais qui, touchée par la
grâce de Dieu, frappée à l'ouïe des miracles que le Dieu d'Israël avait faits en faveur de son peuple, a
renoncé à sa mauvaise conduite et à son idolâtre incrédulité. En recevant les espions, en les favorisant
contre son propre peuple, en demandant miséricorde pour elle et pour sa famille, au lieu d'arrêter les
projets d'Israël dès leur premier essai d'accomplissement, et de trahir ceux qui cherchaient la ruine de
Jérico, elle a montré sa foi par ses œuvres; elle a reconnu que l'on ne pouvait rien contre Dieu, mais tout
pour Dieu. Le langage des apôtres nous montre dans la conduite de Rahab une conversion du mal au
bien, et en joignant son nom à celui d'Abraham, celui de la courtisane à côté de celui du père des
croyants, ils ont voulu faire ressortir que devant Dieu, ni la circoncision, ni l'incirconcision n'ont aucune
efficace, mais la foi agissant par la charité.
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RACHEL,
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fille cadette de Laban, Genèse 29:6; 46:19. Elle fut la première personne que rencontra Jacob lorsque,
fuyant la colère d'un frère, il se rendit en Mésopotamie. La beauté de la jeune fille frappa Jacob, alors âgé
de soixante-dix-sept ans; cousin de Rachel, il songea à une alliance plus intime avec elle, et sept années de
service furent le prix auquel Laban la céda à son neveu. Elle n'épousa cependant Jacob qu'après que celui-
ci eut épousé d'abord sa sœur Léa, moins belle, et moins aimée; comme elle ne donnait point d'enfants à
son mari, elle essaya de faire à sa sœur, plus heureuse, une étrange concurrence; Bilha, sa servante, devint
la concubine de Jacob, et Rachel adopta les enfants issus de ce commerce illégitime. Les deux sœurs,
souvent aigries l'une contre l'autre, finirent cependant par se rapprocher; dés mandragores cimentèrent la
paix, et la naissance de Joseph, fils de Rachel, finit par ôter à l'épouse préférée tout sujet de jalousie et
d'irritation. Lors du départ de Caldée, voyant son mari en butte à de sourdes inimitiés de la part de sa
famille, elle n'hésita pas à le suivre, déroba les marmousets ou théraphims de Laban, et les cacha sous le
bât de son chameau, quand Laban, pour les retrouver, vint fouiller les tentes de Jacob. Fort avancée dans
sa dernière grossesse, elle marchait la dernière avec Joseph, lorsque Jacob attendait avec crainte la
rencontre d'Ésaü, et bientôt après, non loin de Bethléem, elle mourut en donnant le jour à Benjamin, 35:16;
48:7. Jacob éleva sur son sépulcre un monument qui prit son nom, et que l'on connaissait encore aux jours
de Saül, 1 Samuel 10:2. Le térébinthe dit de Tabor, qui se trouvait non loin de ce tombeau, porte
maintenant, d'après Troïlo, le nom de térébinthe de la sainte Vierge. Le caractère de Rachel n'est pas assez
connu pour pouvoir être apprécié bien exactement: Niemeyer la met au-dessous de Léa quant à la bonté
du cœur, et il faut avouer qu'elle se montre jalouse, et vive dans la manifestation de sa jalousie; mais, d'un
autre côté, l'offense première était venue de l'intrigante ou trop obéissante Léa, et Rachel pouvait à bon
droit n'être pas contente. Quant au reste, elle se montre sous un jour aimable, fille et femme docile, peu
riche en ruses, et maladroite quand elle essaie de l'intrigue. On ne comprend pas, en particulier, à quelle
intention elle a dérobé les idoles de son père; ce ne pouvait être pour empêcher Laban de les consulter sur
la route de Jacob, car une fois découverte, elle refuse encore de les rendre: il est difficile de supposer que
ce soit par cupidité, car, ces marmousets eussent-ils été d'or ou d'argent, ce qui n'est pas prouvé, ces
métaux n'avaient pas alors le prix qu'ils ont de nos jours, et n'eussent ajouté que bien peu de chose à
l'immense fortune des fugitifs. Pour se venger de l'artifice qui lui avait substitué sa sœur? mais la faute
était vieille de treize ou quatorze ans, et Rachel avait eu bien du temps pour se venger ou pour oublier
son offense. Pour détacher son père d'une pratique superstitieuse, en lui enlevant les objets de son culte
intérieur? mais le vol serait un singulier moyen de prosélytisme. Nous croyons plutôt que Rachel ne s'est
pas rendu compte de son action, et qu'elle a dérobé les théraphims, cédant à un attachement instinctif et
non réfléchi pour les dieux de sa jeunesse, aussi bien qu'à une de ces envies si fréquentes chez les femmes
dans sa position. Quant au prétexte qu'elle donne, 31:35, pour ne pas se lever, la manière dont on l'entend
ordinairement n'aurait pas même eu l'apparence de la plausibilité, et il faut le rapporter plutôt à la grande
fatigue du voyage pour une femme qui devait bientôt mourir en donnant la vie à un fils.
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