Page 1513 - dictionnaire westphal
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CHEKINAH
    (=habitation). Terme technique de la philosophie religieuse juive.  Il désigne
     primitivement  la  nuée lumineuse dont il  est  questiondans Ex 40:34-38,Le 16:2, qui

     plane entre les deux chérubins du«propitiatoire», c'est-à-dire du couvercle de l'arche de
     l'alliance,et éclaire le tabernacle d'assignation. Du sanctuaire des Hébreux nomades la
     chekinah passa dans le Saintdes saints du Temple et plus tard dans les synagogues,

        où     sa    présenceinvisible          était    considérée        comme        indispensable         à    tout
     recueillementreligieux.  Tandis que, dans la plus ancienne source du Pentateuque,
      Yahvéapparaît  sous forme  humaine,  visible,  à  tout  le  monde,  le  codesacerdotal,
     soucieux d'éviter les anthropomorphismes, nous présentedes théophanies, où, sous
     forme d'un  feu consumant  (dans la sourceélohiste c'est une colonne de nuées), la

     Gloire (kâbâd) de Yahvéest seule visible (Ex 24:17). A partir du II e siècle avant notre
     ère on multiplie les effortsqui doivent protéger l'idée de Dieu contre toute profanation.
     Le mot«Dieu» aussi bien que le vieux nom «Yahvé» est remplacé par descirconlocutions

     telles que «Ciel», «Hauteur», «Endroit», «Trône»,«Puissance», «Gloire», «Majesté». L'agada
     palestinienne et lathéologie alexandrine rivalisent d'ardeur pour spiritualiser, àl'aide
     de l'interprétation allégorique, les affirmations naïves del'A.T. Ces tendances, à force
     d'insister sur le caractèretranscendantal de la notion de Dieu,  érigent des barrières
      entre  Dieuet  le  croyant.  La conviction  que la  grâce divine  se  manifeste  par le  bien-

    êtreterrestre et matériel du peuple juif contribue à éloigner Dieu detoute communion
     avec le fidèle. Mais plus la divinité devientinaccessible et cachée, plus la nécessité de
     peupler l'immensedistance qui sépare Dieu de l'homme s'impose. La religion demande

      desréalités.  L'intérêt vital  de la  piété  exige  des «médiateurs».  De  là,  d'uncôté,
     l'épanouissement de l'angélologie,  de l'autre,  la  théoriespéculative  des hypostases,
     facilitée par la personnificationpoétique de notions abstraites dans les Psaumes et déjà
     amorcée parle concept de la «Sagesse» dans la littérature sapientiale. Ceshypostases
     sont la Sagesse, la Parole (araméen mémar ou memra), l'Esprit, le Nom et la Chekinah.

     Elles ne sont ni des êtres aussiconcrets et populaires que les anges (voir ce mot), ni
     des idéespurement abstraites. Conçues par une philosophie rudimentaire,personnes et
     idées à la fois, elles participent aux qualités divines. Le mot Chekinah, créé longtemps
     après l'idée qu'il exprime,se rencontre pour la première fois dans les Targums.

     Représentantplus impersonnel de Dieu que les autres hypostases, la Chekinah nes'est
     implantée que fort tard. Mais alors sa fortune futextraordinaire, précisément à cause
      de son caractère  impersonnel.Elle  a  remplacé  le  kâbôd,  que les Targums emploient
      encorecouramment pour «Dieu»,  elle  intervient  dans la  littératurerabbinique  partout

      où  l'A.T.  montre  Dieu  agissant  directement  sur  lemonde,  et  finalement  elle  a
     revendiqué pour elle  toutes lesmanifestations  de Dieu,  en se substituant, dans le
     Talmud, au mémar. F. K.
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