ne pouvons mieux la comprendre qu'en nous rappelant ces paroles de Jésus: Vous savez d'où je suis, Jean
7:28. Es-tu vraiment un homme du ciel, comme tant de choses semblent l'indiquer? Tel est le sens de ces
paroles de Pilate, et il faut que l'impression que l'accusé avait faite sur son juge ait été bien vive et bien
profonde pour amener celui-ci à croire à la possibilité d'une origine divine. Toutefois cette impression
n'était ni sérieuse, ni religieuse, et la preuve s'en trouve, ce nous semble, dans le silence du Seigneur; il
eut répondu à une âme angoissée et consciencieuse; il ne répondit pas à Pilate, et comme celui-ci voulut
essayer de la menace, car il ne voyait déjà plus un demi-dieu dans cet homme qui se cachait, Jésus lui
répondit, à la fois pour rabattre son orgueil, et pour l'absoudre d'une portion du crime qu'il allait
commettre: «Tu n'aurais aucun pouvoir sur moi s'il ne t'était donné d'en-haut; c'est pourquoi celui qui
m'a livré entre tes mains a commis un plus grand péché que toi;» paroles qui évidemment ne se
rapportent ni à la puissance impériale de Tibère, ni à celle de Vitellius, gouverneur de la Syrie, mais d'un
côté à Dieu qui a établi Pilate dans sa charge, de l'autre aux Juifs qui lui ont livré le Sauveur. Il semble que
Pilate ait conservé de cet entretien particulier une impression toujours plus favorable à Jésus, car il fit de
nouveaux efforts pour le délivrer, Jean 19:12. Mais les ennemis du juste redoublent leurs cris: Si lu
délivres cet homme, tu n'es point ami de César! triste et perfide refrain qui devait ébranler un homme
dans un temps où l'on était coupable dès qu'on était suspect (cf. Tacit. Annal. 3, 28). Il essaie de montrer
encore aux Juifs l'absurdité de leur accusation; par un mouvement d'humeur personnelle, par une ironie
dirigée contre les Juifs, et non contre la victime, il fait monter Jésus près de son siège judicial, sur un
endroit élevé, et s'écrie: Voilà votre roi! Voilà cet homme que vous accusez de conspirer! Crucifierai-je
votre roi? Mais le sort en est jeté. Pilate va livrer l'innocent au bourreau pour plaire à une foule fanatisée,
pour sauver une réputation qu'une accusai ion pourrait compromettre, peut-être pour en finir. Mais
auparavant il se fait apposer un bassin, se lave les mains solennellement devant tous, et dit: Je suis
innocent du sang de ce juste, vous y aviserez. La foule accepte la responsabilité de son crime; mais Pilate
n'a pu se décharger de la sienne, et ses mains lavées d'eau n'en sont pas moins restées tachées de sang,
Matthieu 27:24. Se condamnant lui-même en condamnant les sacrificateurs, il pousse ses protestations
jusqu'au bout, et fait placer sur le haut de la croix un écriteau qui, devant porter, selon l'usage, le nom et
le crime du condamné, ne renfermait que ces mots écrits en trois langues: Jésus Nazaréen, roi des Juifs.
C'était dire assez qu'il était condamné sans cause, que rien de sérieux n'avait pu lui être reproché, qu'au
milieu de tant de cris et de murmures il n'avait pas été, possible de produire une charge positive contre
lui, et qu'au point de vue romain, c'était la seule accusation un peu plausible qui pût justifier cette
exécution. C'était aussi une ironie contre les sacrificateurs, et, lorsque ceux-ci réclamèrent contre la
rédaction de l'écriteau, Pilate qui, d'ailleurs, n'aurait rien pu y changer, leur fit répondre, san., doute avec
humeur: Ce que j'ai écrit, je l'ai écrit. Il permit ensuite, afin que les corps ne restassent pas exposés le jour
du sabbat. Jean 19:31; cf. Deutéronome 21:23, que les soldats abrégeassent le supplice des condamnés en
leur brisant les membres; mais Jésus avait déjà fini de souffrir.
Peu de moments après, comme Joseph d'Arimathée venait demander le corps de Jésus pour l'ensevelir,
Pilate fit venir le centenier pour s'assurer si Jésus était, en effet, déjà mort; sur sa réponse, il accéda à la
demande de Joseph. Le lendemain, Matthieu 27:62, quelques membres du Sanhédrin demandèrent encore
à Pilate de faire garder le sépulcre jusqu'au troisième jour, de peur, dirent-ils, que ses disciples ne
viennent de nuit enlever le corps, et ne disent au peuple: Il est ressuscité des morts; car cette dernière
imposture serait pire que la première. Peu importait à Pilate; qu'était-ce que la vérité pour lui! Vous avez
la garde du temple, dit-il, allez, et assurez le sépulcre comme vous l'entendrez. Ici s'arrête son histoire;
son nom est rappelé Actes 3:13; 4:27; 13:28; 1 Timothée 6:13. Le caractère de Pilate ressort de tous ces faits
assez nettement dessiné, et cependant il a été l'objet des jugements les plus contradictoires. Les Juifs qu'il
avait opprimés, les chrétiens dont il avait livré le chef, l'exécrèrent, et dans la passion manquèrent de
justice à son égard: en revanche, quelques modernes ont voulu le réhabiliter plus qu'il n'est possible et
juste de le faire. Il est évident qu'il a regardé Jésus comme innocent, qu'il a vu en lui une déplorable
victime du fanatisme juif, et qu'il a désiré de le sauver; il est impossible d'ailleurs qu'il n'ait rien su, avant
cette époque, de la douce et charitable activité du ministère de Jésus, et si dans son point de vue il n'a pas
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