Page 1088 - Dictionnaire de la Bible J.A. Bost

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de l'Égypte, de la Palestine ou de la Syrie. Ces nuages ont quelquefois de 4 à 6 lieues de longueur, de 2 à 3
lieues de largeur. Elles sont encore loin que déjà le bleu sec du ciel se nuance d'un jaune fade et mat;
lorsqu'elles approchent elles voilent le ciel, couvrent la terre de leur ombre, et font entendre le dur et
assourdissant frôlement d'un million d'ailes et de pieds. Où elles s'arrêtent, et on chercherait vainement à
les en empêcher, elles forment sur la terre qu'elles cachent, une couche épaisse qui parfois dépasse la
hauteur d'un mètre; elles rongent alors en un clin d'œil, de leurs dents aiguës, et avec un bruit qui, au dire
de Volney, rappelle la marche rapide de la cavalerie, l'herbe, les feuilles, les fruits, surtout les raisins, et
jusqu'à l'écorce et à la racine des arbres; leurs goûts et leur nourriture varient; chez les unes le goût est
plus fin, chez les autres il est plus grossier; cf. Joël 1:4. Lorsqu'elles ont tout dévasté, elles se remettent en
marche, ne laissant derrière elles que leurs œufs, leurs excréments, et quelques cadavres qui produisent
une odeur d'une telle infection, que la peste se déclare souvent après leur passage; cf. Juges 6:5; Joël 1, et
2; Jérémie 46:23; 51:14; Nahum 3:17; Psaumes 109:23; 78:46; 105:34; Ésaïe 33:4. Leur marche est très
régulière, Proverbes 30:27; Joël 2:8,25; elles volent par colonnes, de jour seulement, et avec des intervalles
de repos; le soir elles s'établissent sur la terre, repartent le matin si elles n'ont rien à manger, volent, ou
marchent si la rosée de la nuit a mouillé leurs ailes, Nahum 3:17; elles vont droit devant elles, et presque
toujours du sud au nord. Aucun mur, aucune haie, aucun fossé, ne les arrête; c'est en vain qu'on met le
feu aux herbes et aux broussailles, c'est en vain même qu'on envoie contre elles des troupes de soldats
(Pline 11, 35); elles évitent tous les dangers, et ne sauraient être évitées. Elles pénètrent jusque dans les
habitations, et en rongent non seulement les ustensiles de bois, mais encore les boiseries, les planches et
les poutres, Pline 11, 29. Exode 10:6; Joël 2. Quelques oiseaux leur font une guerre redoutable, qui en fait
périr un grand nombre, mais c'est surtout la mer qui est chargée de leur donner la mort. Fatiguées de leur
vol, elles s'abattent sur les eaux comme sur la terre, Exode 10:19; Joël 2, et leurs légers cadavres, entraînés
vers les rivages, viennent bientôt y apporter la peste, et les désoler par leur mort, après les avoir désolés
par leur vie.
On a remarqué que les sauterelles dépouillées de leurs accessoires, avaient en petit une forme assez
semblable à celle des chevaux, Joël 2:4; Apocalypse 9:7. Leurs ailes sont d'ordinaire vertes ou jaunâtres,
quelquefois rouges ou brunes. Leur longueur varie entre 3 et 15 centimètres.
Il était permis aux Hébreux de s'en nourrir, Lévitique 11:22. (Oken prétend à tort que ce sont quatre
espèces d'oiseaux qui sont désignées dans ce passage); cependant elles ne passaient guère pour un
aliment délicat, Matthieu 3:4; Marc 1:6. D'autres peuples de l'ancien Orient les mangeaient de même, au
rapport de Strabon, de Diodore de Sicile, de Pline, etc., et de nos jours encore on les porte par voitures sur
les marchés de l'Arabie (Tavernier, Niebuhr, Joliffe, Burckhardt; d'après Gobât, Voyage en Abyssinie, p.
392, on les entasse dans des tonneaux). On les fait bouillir dans de l'eau, quelquefois on les rôtit, après
leur avoir arraché les pieds et les ailes, on les saupoudre de sel, et on les mange. Elles doivent être
meilleures que des pigeonneaux, et aussi bonnes que des écrevisses.
Il est parlé dans la Bible de plusieurs espèces de sauterelles; les principales sont l'arbéh, le solham,
l'hargol, le kagab (ou hhagab), le tsaltsal, le yélèk, le hhasil, et le gazam, Lévitique 11:22; Joël 1:4. L'arbéh
est l'espèce la plus connue et le plus souvent mentionnée; c'est le gryllus gregarius de Linnée: le poitrail
vert et fortement bombé, une tête aplatie, des yeux rouge-brun, des antennes de 3 centimètres de long,
des ailes supérieures d'un jaune gris et tachetées de jaune à la partie inférieure, et des ailes de dessous
vertes et très larges, caractérisent cette espèce. Ce sont les ailes supérieures, et les pattes de derrière, qui
produisent le bruit qu'elles font en volant. Le hhargol est peut-être la jeune sauterelle qui ne vole pas
encore; les Septante traduisent chenille. Quant aux autres espèces, il n'est pas possible de les déterminer
exactement; les termes hébreux sont diversement traduits par les anciens interprètes, qui seuls auraient
pu fixer leur signification, et les indices étymologiques sont trop vagues pour qu'on essaie d'en tirer parti.
La sauterelle à tête pelue (Dahler), le gryllus cristatus, ou Kammheuschrecke, qui se rencontre souvent en
Orient, et qui est mangeable, doit être l'une de ces espèces, cf. Apocalypse 9:8, et Œdmann la voit dans le
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