3.
Saül a prophétisé à plusieurs reprises, non seulement à son avènement, mais encore après sa
déchéance, 10:11; 11:6; 19:24. Il a été nâbi (— Voir: Prophètes), et quoi que l'on veuille entendre par ce
genre de prophétie, on est contraint d'avouer que c'était plus que le langage ordinaire des hommes pieux
d'Israël. L'étonnement public, lorsqu'on apprend que Saül est aussi au nombre des prophètes, prouve
surabondamment que ce n'était pas une chose commune, et si l'on ne veut pas admettre cette inspiration
accompagnée de visions qui caractérisait les prophètes d'un ordre supérieur (hhosé), on doit admettre au
moins que Saül était animé de l'esprit de Dieu, plongé dans une extase surnaturelle, ravi hors de lui-
même, dans un état d'exaltation involontaire, dans laquelle il parlait et enseignait, louait et bénissait Dieu,
avec une force et une effusion intérieure que l'Esprit d'en haut pouvait seul produire. Son esprit, son
cœur, sa conscience étaient réveillés; Saül n'était plus Saül, il était un autre homme, l'intermédiaire de la
pensée divine qui se révélait à lui, et qu'il ne pouvait méconnaître. Alors il s'oubliait lui-même, et son
ravissement était tel qu'il fut une fois, une nuit et un jour entier, couché sur la terre et dépouillé de ses
vêtements. Mais on se demande comment un homme, animé de pareilles dispositions, a pu être en même
temps un homme sans foi et rejeté de Dieu. La réponse est aisée: sa piété s'évanouissait avec les
circonstances extraordinaires qui en avait provoqué les mystérieux élans, Osée 6:4; au lieu de retenir dans
son cœur les enseignements qu'une faveur singulière de Dieu lui envoyait par intervalles, il laissait
s'éteindre le lumignon qui fume, il contristait, il repoussait le Saint-Esprit; et notre Seigneur, en parlant de
ceux qui ont prophétisé en son nom, quoiqu'il ne les ait jamais connus, Matthieu 7:22, nous montre la
possibilité de cette existence du caractère prophétique chez des hommes voués à la réprobation. C'est une
grâce extérieure que Dieu leur accorde, ils la repoussent en faisant usage de leur liberté morale; ils se
montrent des exemples vivants et terribles de ce mystérieux antagonisme entre la volonté de Dieu et celle
de l'homme, dans lequel la volonté de l'homme peut encore triomphera force d'endurcissement. Saül
rejeté, et cependant prophétisant en la présence de Samuel, c'est le remords se réveillant dans le cœur à la
vue d'un homme qui lui rappelle de beaux jours et de grandes grâces; mais les passions, l'envie, la haine
sont plus fortes, et elles étouffent les semences du bien.
4.
La mélancolie de Saül est la suite naturelle de sa réjection. Il y avait là en effet de quoi troubler le
cœur et l'esprit d'un homme. C'est la tristesse du remords. Il n'est pas nécessaire d'y voir autre chose.
Abandonné de Dieu, abandonné de Samuel, contraint de s'avouer que c'est par sa faute, il sent trembler
dans ses mains le sceptre qui déjà n'est plus à lui; l'image de David le poursuit partout comme une
ombre; il veut la frapper et la faire disparaître; l'amitié de Jonathan pour son rival lui paraît une révolte
dénaturée, l'enthousiasme du peuple pour le jeune guerrier lui paraît une rébellion, les succès d'autrui lui
semblent une injure, l'asile donné par un sacrificateur au capitaine qui se dit envoyé de sa part, lui
apparaît comme une conjuration; il voit un complot dans l'absence de David, une ruse de guerre dans sa
fuite, peut-être même une insulte dans sa pitié. Son esprit est perdu, son jugement est égaré, sa vue se
trouble, les faits les plus simples sont grossis et dénaturés, les objets ne lui apparaissent plus sous leur
aspect ordinaire; alors on le voit tour à tour se faire le bourreau de son fils que le peuple lui arrache,
l'assassin de son gendre que sa fille lui dérobe, le meurtrier des sacrificateurs de Nob que Doëg lui livre et
met à mort, le meurtrier des Gabaonites que Dieu venge plus tard, l'insensé conjureur d'une pythonisse,
et enfin le suicidé de Guilboah. Rien dans sa conduite ne trahit une folie proprement dite, mais depuis sa
désobéissance, tout en lui porte le caractère d'une mélancolie noire; il est sombre comme Charles IX après
la Saint Barthélemy; c'est un phénomène physiologique fréquemment observé, et les moyens employés
pour calmer le malheureux sont plutôt destinés à le distraire qu'à l'exorciser; l'emploi de la musique dans
des cas de ce genre est général, et ses heureux succès ont été constatés toutes les fois qu'il en a été fait
usage. Le terme de malin esprit envoyé par l'Éternel, 1 Samuel 19:9, ne contredit en rien cette explication,
car nous ne nions nullement que cette maladie noire ne fût l'œuvre d'un malin esprit, et qu'elle ne le soit
en général, comme nous admettons que les bonnes dispositions du cœur sont l'œuvre du bon esprit de
Dieu.
5.
— Voir: à l'article Samuel
ce que nous avons dit sur les mobiles de la conduite du prophète à l'égard du roi déchu.
6.
Quant à la consultation de la pythonisse d'Endor,
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